Rédaction : Christine Blaize et Mathurin Aubry
Comme cela a été mis en évidence au moment du bilan du PNA I, l’augmentation de la connaissance sur la migration du Phragmite aquatique en France, a été un point fort des résultats de ce premier PNA ; mais cette progression de la connaissance était quasi exclusivement en migration post-nuptiale, le long de la façade Manche-Atlantique.
Pendant les années 2004-2005, des prospections de quelques jours ont été fait en Bretagne, pendant le LIFE porté par Bretagne Vivante «Conservation du Phragmite aquatique en Bretagne», sans résultats (Guyot et Bargain 2005, 2006). Avant 2012, la base de données du CRBPO fait état de captures en avril, le long de la façade méditerranéenne, mais seulement de quelques individus. En 2012, pendant le PNA I, plusieurs éléments ont fait progresser la connaissance de la migration pré-nuptiale en France : une capture de Phragmite aquatique à la station de baguage de la Tour aux Moutons à Donges (association ACROLA) ; deux captures dans l’estuaire de la Nivelle ; une observation à Saint-Vincent-de-Paul dans les Landes. La même année, le GOR (Groupe Ornithologique du Roussillon) et le CRBPO dans le cadre du PNA, ont mené des prospections par le baguage sur des marais du bord de Méditerranée, dans les Pyrénées-Orientales. En quelques semaines, cinq fois plus de données ont été collectées sur ce territoire, que pour toutes les années précédentes. Par contre, pour augmenter les résultats, du rabattage a été pratiqué pour ramener les individus dans les filets, comme cela se faisait alors sur les sites de nidifications ou sur les sites d’hivernage. La conclusion a été que la méthode était efficace et avait apporté beaucoup de connaissance, mais était trop intrusive pour les autres espèces utilisant les mêmes espaces et pouvant déjà être installées sur leurs sites de reproduction. L’utilisation du thème ACROLA du CRBPO a donc été réservée uniquement à l’étude de la migration post-nuptiale.
Ces efforts spécifiques de 2012 ont montré que la question de l’utilisation du territoire en migration pré-nuptiale nécessitait d’être approfondie, particulièrement sur le pourtour méditerranéen. Ce point a donc été inscrit dans le PNA II, dans le cadre de l’action 3 : « Approfondir la connaissance et gérer favorablement les habitats du Phragmite aquatique sur les sites de migration pré-nuptiale ». Les pistes de travail engagées concernent la recherche de sites potentiellement favorables par une analyse des végétations et des prospections de terrain. Pour ce dernier point, plusieurs méthodes ont été discutées :
– Baguage
– Recherche visuelle à l’aide de leurre acoustique
– Enregistreurs passifs
Pour la méthode utilisant le baguage, une réflexion a été menée avec le CRBPO, pour pallier aux impacts les plus négatifs, tout en obtenant suffisamment de données. Pour cette réflexion, nous nous sommes notamment appuyés sur l’expérience espagnols qui, depuis plusieurs années, suivent la migration du Phragmite aquatique aussi en période pré-nuptiale, à l’aide du baguage. Un travail avec le CRBPO a permis de mettre en place des opérations tests, utilisant le baguage, pour répondre spécifiquement à la question du PNA.
La mobilisation de la Tour du Valat a permis un test avec des enregistreurs passifs. La méthode de recherche visuelle a été reportée, pour laisser le temps aux autorisations administratives (avis du CNPN et dérogation espèce protégée).
Les premières actions de terrain 2025
Trois sites ont été envisagées pour le printemps 2025 :
– Le complexe lagunaire de Canet-en-Roussillon. Dans le cadre de l’actualisation de la connaissance du DOCOB du site Natura 2000 (ZPS FR9112025) géré par le SMBVR (Syndicat Mixte du Bassin Versant du Réart), une station de baguage a été mise en place en partenariat entre le Groupe Ornithologique du Roussillon et la Fédération départementale des Chasseurs des Pyrénées-Orientales.
– Le marais de Meyranne, site du Conservatoire du Littoral géré par l’association des Amis du Viguerat, dans les Bouches-du-Rhône. Une station de baguage a été mise en place. Avec le concours de la Tour du Valat, une opération d’enregistreur passif a également été testée.
– La Réserve Naturelle Nationale de l’Etang de Biguglia. Des habitats intéressants pour le Phragmite aquatique auraient pu être prospectés. L’opération a dû être reportée faut de temps pour sa mise en place.
A Canet-en-Roussillon, l’habitat est similaire à celui prospecté en 2012, à savoir une scirpaie inondée, mais distant de quelques centaines de mètres des filets de l’époque, les parcelles initiales ayant été dégradée par du pâturage équin intensif. Les filets ont été ouverts 15 matinées entre le 12 et le 29 avril. 6 Phragmites aquatiques ont été bagués, dont 5 d’entre eux entre le 12 et le 20 avril. Un mâle a également été observé chanteur le 14 avril à proximité des filets, sans pouvoir vérifier s’il était bagué.

Photos Canet-en-Roussillon, avril 2025. © M. Aubry, Groupe Ornithologique du Roussillon
Ces résultats sont encourageants à deux titres : la Phragmite aquatique utilise encore le site en migration pré-nuptiale ; le protocole de baguage employé permet apparemment d’être suffisamment performant pour valider sa pertinence.
Le rapport de cette opération est disponible ici.
A Meyranne, aucune capture de Phragmite aquatique n’a été réalisé. Et pour le moment, l’analyse des enregistreurs passifs n’est pas terminée.
Ces premiers résultats sont à confirmer en 2026. Grâce à l’aide financière du SMBVR le baguage est reconduit en avril 2026 par le GOR et la Fédération des Chasseurs du 66.
D’autres sites vont être étudiés par le baguage ce printemps, avec la coordination de la Tour Du Valat. Histoire à suivre….
Les informations sur ce suivi seront mises en ligne, toujours sur la même page !