Dans le cadre du LIFE AWOM, plusieurs campagnes de prospection, appelées « Gap Filling Surveys », ont eu lieu en 2025 et début 2026 sur le continent africain. L’objectif est clair : tenter de détecter le Phragmite aquatique sur des zones humides identifiées comme favorables en termes d’habitats et de niveau d’eau. Selon la localisation et la période, ces zones humides sont utilisées comme haltes migratoires, notamment avant ou après la traversée de la Méditerranée ou du Sahara, ou comme quartiers d’hivernage.

Pour chaque campagne menée, les sites ciblés n’ont pas été sélectionnés au hasard. Le choix s’appuie en effet sur des données provenant d’études récentes utilisant des géolocalisateurs, qui ont permis de repérer des zones probablement fréquentées par l’oiseau. Ces données restant peu précises, la présence de l’espèce sur ces zones humides ne peut être confirmée qu’au moyen de prospections sur le terrain, par baguage, au moment approprié.

Quatre campagnes ont donc été menées en 2025 et début 2026, dont deux au Maroc (printemps et automne 2025), une en Mauritanie (septembre 2025), et une au Sénégal (hiver 2026).

Maroc, 11 mars – 10 mai 2025, migration pré-nuptiale :

Cette campagne a été menée par l’Institut Català d’Ornitologia (ICO), la Fundación Migres (FMigres), l’association ACROLA, en collaboration avec l’Institut scientifique de Rabat.

Quatre sites a été prospecté par baguage, pour un total de 1545 individus capturés, représentant 60 espèces différentes. Les  efforts de baguage ont largement été dominés par la Rousserolle effarvatte (Acrocephalus scirpaceus), l’Hypolaïs obscure (Iduna opaca) et la Fauvette mélanocéphale (Curruca melanocephala). Malheureusement, aucun Phragmite aquatique n’y a été capturé.

Sur deux sites supplémentaires, les conditions n’ont pas été favorables à la mise en place de station de baguage. Des transects ont ainsi plutôt été réalisés, consistant en une longueur de 500m lentement parcourue par un expert ornithologique. Ces transects ont mené à l’identification d’un Phragmite aquatique sur le site d’Ain Chouk le 5 avril 2025.

Maroc, 28 août – 06 septembre 2025, migration post-nuptiale :

Menée par Biosphère Environnement et l’association ACROLA en collaboration avec le parc national de Souss Massa, cette campagne a permis de réaliser 19 sessions de baguage le long de la rive droite de l’estuaire de l’Oued Massa.

Un total de 1041 individus ont été capturés, représentant 13 espèces. Une majorité (91.7%) appartenait au genre Acrocephalus, avec une forte proportion de Rousserolles effarvattes (Acrocephalus scirpaceus). Aucun Phragmite aquatique n’a malheureusement été capturé durant cette campagne. De manière générale, le très faible taux de recapture suggère que cette zone humide n’est probablement pas utilisée comme halte migratoire par les passereaux paludicoles du genre Acrocephalus.

Mauritanie, 10 – 24 septembre 2025, hivernage :

Cette campagne a été menée par World Travelling Birds (WTbirds), la Direction de la gestion du littoral des zones humides et des réserves (DILZHAP – Ministère de l’Environnement en Mauritanie) et Nature Mauritanie.

 

L’année 2025 a connu une saison des pluies particulièrement abondante en Mauritanie, donnant lieu à des paysages verdoyants et largement inondés. Etant donné la période de terrain réduite, l’ensemble des sites visités n’a pas pu être prospecté par baguage. Ils ont toutefois tous fait l’objet d’une analyse de la favorabilité d’habitats pour le Phragmite aquatique. Sur un total de 25 sites visités, le matériel de baguage a été déployé sur les 7 sites considérés comme les plus favorables, à raison d’une matinée par site. Cela a mené à la capture de 181 oiseaux, incluant 17 espèces différentes. Un seul Phragmite aquatique a été capturé, sur le site d’Ain Salama, au coeur de 150 ha de Scirpe maritime haut et dense.

Le peu de captures malgré de bonnes conditions pose question. La prospection était elle trop précoce ? Trop tardive ? La disponibilité d’habitats est-elle si importante que les oiseaux sont répartis sur une aire plus large ?

Sénégal, 23 janvier – 03 février 2026, hivernage :

Six partenaires du LIFE AWOM ont participé à cette campagne au Sénégal : Wetlands International Afrique occidentale côte et golfe de Guinée (WIACO), l’ICO, la FMigres, la Fundación Global Nature (FGN), le Consejo Superior de Investigaciones Científicas (CSIC) et l’association ACROLA.

Un total de 18 Phragmites aquatiques a été capturé, dont 17 dans le Parc National du Djoudj, ainsi q’un 18ème dans une autre zone humide prospectée, la Réserve Spéciale de Faune de Ndiaël. Cette découverte va permettre d’y renforcer la vigilance vis-à-vis de ce passereau, d’y améliorer la gestion de l’eau et d’y enrayer la dégradation de l’habitat, dans le but de garantir au Phragmite aquatique une nouvelle zone d’hivernage pérenne.

Une autre facette importante de cette expédition consiste en la formation des partenaires locaux au baguage. C’est en effet aussi un objectif du LIFE AWOM que de mettre en place une station de baguage permanente au Sénégal, qui n’en bénéficie pas à ce jour. Ces campagnes de prospection sont donc une opportunité cruciale pour établir un partenariat avec les partenaires locaux. Différents sujets ont pu être abordés, comme l’importance du baguage, les types d’informations collectées et mesurées, ou encore la façon de transformer ces données en actions de conservation.

Ces campagnes de prospection sont une opportunité d’approfondir les connaissances au sujet des haltes migratoires et des sites d’hivernage sur le continent africain, tout en développant ou maintenant des partenariats avec les partenaires locaux. De nouvelles campagnes sont prévues au courant de l’année 2026, notamment sur d’autres sites marocains, mais aussi en Algérie, en espérant y détecter aussi le Phragmite aquatique !